La pandémie de coronavirus n'est pas une victoire pour les crises climatiques

La réaction à la crise du Coronavirus prouve également qu'il est tout à fait possible d’apporter des responses à la crise climatique : les importantes réserves financières dont disposent soudainement les états, les restrictions radicales que les citoyens sont prêts à accepter afin de protéger l'intérêt public ainsi que la prise de décisions publiques audacieuses guidée non pas par les lois du marché, mais par celle de la science. Les écologistes pourraient donc se réjouir.

Cette année, un certain nombre de pays dépasseront leurs objectifs climatiques, avec une réduction de leurs émissions résultant de la crise du Coronavirus. L'arrêt soudain des activités de production est non seulement un choc sans précédent pour l'économie mondiale, mais il a également entraîné une baisse sans précédent des émissions de CO2. Par exemple, les émissions de la Chine ont chuté de 25 % en février. L’Europe fait face à l’épidémie depuis un mois seulement, mais on constate déjà une réduction d’émissions supérieure à celle qui a eu lieu pendant les crises financières mondiales.

La réaction à la crise du Coronavirus prouve également qu'il est tout à fait possible d’apporter des responses à la crise climatique : les importantes réserves financières dont disposent soudainement les états, les restrictions radicales que les citoyens sont prêts à accepter afin de protéger l'intérêt public ainsi que la prise de décisions publiques audacieuses guidée non pas par les lois du marché, mais par celle de la science. Les écologistes pourraient donc se réjouir.

Mais la conclusion selon laquelle le Covid-19 est bon pour le climat est erronée. Ces réductions d'émissions sont ponctuelles et associées à des difficultés pour les sociétés, entreprises et travailleurs du monde entier. Personne ne devrait considérer cette crise humanitaire et économique comme une victoire pour la protection du climat. Nous avons vu le prix du pétrole ainsi que les émissions de gaz à effet de serre rebondir à la suite de la crise financière de 2008. En outre, les réponses économiques à la crise fragilisent le budget des États et pourraient être suivies d'une austérité budgétaire encore plus sévère qu’auparavant - une autre leçon que nous avons tirée en 2008.

La CCNUCC aura pour tâche d'examiner de près les raisons de la réduction des émissions de cette année et de faire la distinction entre la crise économique et les véritables efforts en matière de climat. Jusqu'à présent, rien n'indique que nos économies aient subi des changements structurels, ce qui est nécessaire si nous voulons gagner la bataille contre le changement climatique. Pour les militants écologiques, l'épidémie de Covid-19 est ainsi un événement ambigu. Alors que les décideurs finissent par s’orienter aux données scientifiques, certains pays introduisent des mesures sévères restreignant les droits civils et la liberté de circulation. Si les pays démocratiques retrouvent leur l’état de liberté pré-pandémique (qui n'est pas du tout acquis), les atteintes actuelles aux droits de l'Homme dans les pays aux régimes autoritaires peuvent prendre un caractère plus permanent et réduire facilement l'espace de la société civile.

Où en est la crise climatique ?

Entre-temps, la crise du Coronavirus a détourné l'attention de la crise climatique. La grève des écoliers, version numérique ainsi que les manifestations en ligne ne sont pas aussi efficaces qu’une grève menée par Greta Thunberg dans la rue. Le secrétaire général des Nations unies a souligné à juste titre que le Coronavirus est temporaire, alors que la menace des feux de forêts soudaines, des vagues de chaleur et des sécheresses dureront bien au dela de l’année 2020.

Le nombre croissant d’infections au Covid-19 est allé de pair avec la chute soudaine du prix mondial du pétrole. Ce phénomène pourrait-il s’avérer être positif en ce qui concerne le climat ? La chute soudaine du prix du pétrole est le résultat de la guerre des prix entre la Russie et l'Arabie Saoudite, et est directement liée au Coronavirus. La compagnie petroliere Saoudienne nationale Aramco a vu venir cette crise économique globale tres tot. En effet dés janvier 2020, ses ventes à la Chine ralentissaient de maniere drastique, alors que l’empire du milieu rachetait 50% du petrole Saoudien en temps normal. En mars 2020, Le riche royaume a ramené le prix du pétrole à 23 dollars par baril, un prix historiquement bas (en décembre 2019, il s’élevait à 60 dollars par baril). La stratégie du royaume pour continuer à s’assurer de larges parts du marché est ainsi de rendre les Etats -unis et la Russie plus faibles en matière de concurrences des prix.

Selon les experts, le prix du baril pourrait même atteindre un niveau historiquement bas à 10 dollars le baril dans les prochains mois. Cette dynamique va à l’encontre de l’objectif de réduction d’émissions. En effet, avec la chute des prix du pétrole, les entreprises sont amenées à privilégier l’utilisation de carburants sales plutôt que les sources d’énergies vertes.

En ce moment même, des plans de relance nationaux prévoient la mobilisation de milliards d’euros pour faire face à cette crise économique d’un autre côté, la chute des prix du pétrole et du gaz a contribué à remplacer des sources d’énergies plus polluantes, comme le charbon. L'Allemagne a réduit ses émissions de gaz à effet de serre en quatre semaines, l'électricité produite à partir du charbon ayant été rapidement remplacée par du gaz naturel bon marché. Cependant, la chute des prix du pétrole met aussi en suspens la découverte et l’exploitation de nouveaux gisements de gaz. IL est certain que les entreprises prélevant actuellement des échantillons de forages en méditerranée, dans les eaux libanaises ou chypriotes, ne verront plus d’avantages a l’exploitation de nouveaux gisements. La confiance des investisseurs vis-à-vis du marché du pétrole pourrait en effet diminuer et amener ceux-ci à se tourner vers des sources d’énergies dites propres. En parallèle, la demande en électricité devrait logiquement augmenter de manière générale, et certains ménages pourraient bien se demander si l’approvisionnement public en énergie est assuré sur le long terme. Ainsi, une augmentation de la consommation d’énergies renouvelables décentralisée pourrait donc s’amorcer dans les prochains mois. C'est l'occasion d'une transformation verte !

Comment les gouvernements vont-ils faire face à ces deux crises ? De nombreux pays gravement atteints par le Covid-19, comme la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne et l'Italie figurent parmi les plus engagés dans la lutte contre le changement climatique. Dans la mesure où leurs économies souffrent de la crise actuelle, certaines voix pourraient arguer que la lutte contre le changement climatique n’est plus une priorit

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